« De la singularité »

La vie s’inscrit dans un cercle qui tourne sans fin,aussi bien entre sa forme et son environnement qu’entre sa forme et chacun de ses éléments internes, la forme ainsi tracée évolue sans cesse. La vie est bien cette unité projective (à construire) et pourtant déjà là, finalité et origine à la fois, mais elle se complexifie, s’enrichit sans cesse comme processus générateur de sens.

Cette circularité est celle de notre lien au monde. Nous ne pouvons pas sortir du domaine spécifié par notre corps et notre système nerveux en particulier : Spinoza l’a dit « l’objet de l’idée constituant l’âme humaine est le corps ». Nous ne pouvons pas remonter les traces de notre expérience jusqu’à son commencement : ce serait remonter jusqu’à l’origine du désir du sens, qui est lui même la seule origine, mais proprement « insensée ».

C’est la vie comme désir du sens qui nous fait nous interroger sur elle inlassablement ; et qu’est-ce que cette vie comme désir du sens sinon justement notre interrogation qui s’exprime ? Cette circularité parfaite de ce qui perçoit et désire et de ce qui le fait perçevoir et désirer n’est autre que l’expression même de la vie : le vivant se tient (prend sa teneur) à l’intérieur même de cela même qu’il tente de comprendre, et il est (trouve sa consistance) à proportion de cet effort de comprendre. (source : J-P  Coutard)